Banize était une cure de l'archiprêtré d'Aubusson1. Elle est dédiée à Saint-Sulpice-de-Bourges. Selon le cartulaire d'Uzerche, l'église est donnée en 999, par Bernard, au monastère d'Uzerche. A partir de 1471 et jusqu'en 1766, l'abbé du Moutier d'Ahun nomme les titulaires. Sur la commune existait le prieuré de Baubiat, aujourd'hui disparu2. En 1492, pour feu le prieur d'Aubusson, seigneur et prieur de Baubiat sont fondées douze messes annuelles: quatre hautes et huit basses3. En 1513, trois autels sont consacrés4.

L'édifice a été inscrit au titre immeuble à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques par arrêté du 2 avril 1969.

 

1) - DESCRIPTION ARCHITECTURALE

a) - Plan
L'église est composée d'une nef unique de trois travées dont la dernière forme chœur à chevet plat.

b) - Extérieur
L'édifice repose sur un soubassement. Les murs sont constitués d'un moyen appareil. Toutefois, les murs gouttereaux présentent également un appareil irrégulier en moellons, notamment sur les première et deuxième travées. Les contreforts épais et talutés utilisent toujours le moyen appareil; ils scandent chaque travée des murs gouttereaux et encadrent à l'ouest et à l'est les murs pignons. Sur la troisième travée des murs gouttereaux s'étire une longue et étroite baie en plein cintre. Les murs latéraux sont surmontés d'une corniche à modulons soit nus, soit sculptés. Sur la première travée du mur gouttereau septentrional est disposée une ouverture rectangulaire sommitale, aujourd'hui bouchée. Le mur gouttereau méridional est recouvert d'un crépis qui, en certains endroits se détache. Sur la troisième travée de ce dernier est accolée une sacristie. Sur le chevet est placée une longue et étroite baie trilobée, obstruée dans sa partie inférieure. Dans le pignon est percée une ouverture rectangulaire accompagnée de deux ouvertures plus petites, également rectangulaires. Le mur est recouvert d'un crépi ; seuls les contreforts et les chaînes d'angle ont leur moyen appareil visible. La façade occidentale est entièrement composée du moyen appareil. Elle est ornée d'un portail en arc brisé à triple voussure surmontée d'une archivolte. Les arcs reposent sur des colonnettes aujourd'hui disparues, à chapiteaux frises; ils sont sculptés de crochets et feuillages stylisés, soulignés d'une torsade.

c) - Intérieur 
La nef constituée d'un seul vaisseau, est composée de trois travées voûtées sur croisée d'ogives. Les nervures ont un profil à méplat entre deux cavets. Les clés de voûte sont sculptées de rosaces. Sous chaque voûte est placé un tirant en bois. Les nervures des voûtes retombent sur des colonnettes engagées polygonales. Les chapiteaux polygonaux sont ornementaux: à boules et crochets, ou feuilles lisses; les culs-de-lampe sont sculptés de diverses figures humaines (femme au touret, hommes sifflant). L'accès aux combles se fait du côté nord de la première travée par une longue échelle appuyée sur une large console à moulures. Le sol est recouvert d'un dallage de pierres en granit; d'inquiétants dénivellements se manifestent.
Seule la troisième travée est munie d'étroites baies en plein cintre aux larges ébrasements et à l'appui rampant. La baie orientale est ornée d'un arc trilobé; sa partie inférieure est masquée par un retable en bois. Sur le mur septentrional était installée une armoire liturgique, actuellement murée par des briques. Sur le mur méridional sont placées une piscine eucharistique à double arcature au tracé brisé et la porte d'accès à la sacristie. Sur le mur sud de la deuxième travée avait été ouverte une porte aujourd'hui obturée. Sur le revers occidental s'ouvre le portail dont l'arc est de ce côté, en anse de panier.

 

2) - HISTORIQUE DES TRAVAUX

Les archives ont conservé divers documents qui permettent d'apprécier l'état de l'édifice au cours des siècles. En 1617 un acte nous informe que "lautteur du clochier vieux qui est aprésent larche de lautteur de vingt piés et en carré de quinze piés... "5. En 1711, "la pille du coeur de la dite Eglise du costé de la rivière menasse ruyne et que l 'autre pille du coeur a besoin de réparer par le hault et que si prompt diligence ny est aportée le coeur pourrat entierement tomber"6. Un procès-verbal en date du 27 mai 1748 apporte plus de précisions sur l'état de l'édifice:

Modification d'une photo en gravure

"Les vitres onts besoint destre esclerey et celle qui donne sur lotel manque dun careaud de verre"; "Les sieurs Lavanturier et Chaniere onts dits que le sanctuere de ladite Eglise à besoint destre blancie, et par le dehor les murailles dicelluy onts besoinqts destre crepie de chaud et les pilliers dicelluy il y a des pierres qui sonts desjointées elles onts besoints destre rejointée et acomodée pour la sollidittée diceux, et que il faut une porte à la feunestre qui est dans le peignon sur ledit hautel pour empecher leaux qui tombe paricelle sur la voute dudit sanctuere et qui perit ledit hotel, et la couverture dicelluy sanctuere à besoint destre repiqué... "7. Le 18 avril 1770 est établi un nouveau procès-verbal de visite: "... nous avons visités les dehors le dedans, nous avons trouvé le clocher qui a besoin d'etre couver a neuf de meme qu'une partie de la nef dont la couverture a ete emportee par l'ouragan toutes les vitres ont besoin d 'etre touchees y manquant plusieurs pieces"8. Selon une lettre du curé et des représentants des habitants de Banize à Monseigneur l'intendant de la généralité de moulins, datée du 10 mai 1779 : "Le curé, sindic et principaux habitants de la paroisse de Saint Sulpice de banize subdelegation d'aubusson en notre generalité, exposent très humblement à votregrandeur que leur Eglise paroissiale serait dans le besoin le plus urgent de reparations a faire a Lanef et que pour parvenir a la reparer, il se voit necessaire de convoquer en vertue d'ordonnance une assemblée de paroisse a L'effet de faire un devis estimatif des dittes reparations..."9. Du XIXe siècle, un plus grand nombre de documents nous sont parvenus. Par courrier du 15 septembre 1814, le maire se plaint au préfet qu' "il pleut partout dans l'église et qu 'il tombe même souvent des matériaux de la voûte... "10. Un "devis des travaux à faire à l'église" est approuvé la même année par le ministre. En 1816, l'église préoccupe à nouveau les  autorités locales: "Un précieux devis porte à 1149 F les réparations à faire à l'église, mais on y comprend la dépense d'une tribune, espèce de luxe que nous interdit notre position, et dont l'utilité ne peut se faire sentir qu 'un ou deux fois par an à l'époque des fêtes patronales... Elle doit être retranchés"11. Des travaux sont entrepris d'après un compte- rendu du maire du 24 novembre 1816: "...Sr Antoine Vignon, maçon et couvreur demeurant en la ville d'Aubusson expert pour nous choisi à l'effet de vérifier les travaux faits à l'église et à la sacristie dont le détail est porté au devis rédigé par le Sr Jean Piollet, Entrepreneur demeurant au Brujeaud commune de Vallières, Le vingt huit avril dernier, et dont ce dernier se rendit

adjudicataire... "; "... il nous a déclaré qu'après avoir examiné scrupuleusement les travaux exécutés par le dit Piollet, ils lui paraissent faits et parfaits dans leur détail et leur ensemble... "12. En février 1854, lors des délibérations, le conseil municipal note: "... notre Eglise, qui réclame tous nos soins sur bien des points, tant à l'intérieur qu 'à l'extérieur, le Dedans pour crépissage afin de faire disparaître le salpêtre qui se montre partout au Dehors pour la Toiture entière, tant en bardeaux qu 'en tuiles, ainsi que tous les joints des Murs et des piles... "13. Deux devis sont conservés: ils prévoient la reprise des maçonneries dans le pignon et les murs des contreforts, le remaniement général de la couverture en tuile de la nef et de la couverture en bardeaux du clocher; enfin "intérieurement dans le chœur à gauche et à la voûte, il sera fait des enduits en deux couches recouvertes d'un lait de chaux. La dernière couche sera parfaitement dressée et raccordée avec les anciens enduits"14. En octobre 1854, un procès-verbal d'adjudication désigne des travaux à l'église pour maçonnerie et couverture. En 1856, la réception des travaux de réparations de l'église a lieu. Pourtant, en 1859, des réparations urgentes doivent être menées, notamment au clocher: "Mais l'exécution des travaux ayant mis à nu d'autres réparations aussi indispensables que celles portées au devis, notamment pour le clocher ".
En 1860, les travaux sont achevés15. En 1861, les sieurs Léonard George et François-Toussaint Mazet présente "une demande à l'effet d'être autorisé à construire à leur frais, chacun une chapelle latérale à l'église de cette paroisse, à la condition qu'eux et leurs familles auront à perpétuité un caveau séparé sous chaque chapelle, également construit à leur frais, et du banc distinct dans l'intérieur de l'église ". Leur proposition est rejetée puisque "suivant l'article 1er du décret du 23 prairial an XII, aucune inhumation ne doit avoir lieu dans les églises... "16. En 1864, des réparations sont nécessaires à la sacristie17. A une date inconnue, un perron est construit à l'entrée de la sacristie par le sieur Pagnat, carrier demeurant au Compeix18. En 1880 est dressé un devis estimatif des réparations à faire à l'église; il concerne des remaniements à la toiture et le pignon de la porte d'entrée19. En 1922, un groupe de fidèles se porte volontaire pour "faire exécuter à leur frais des réparations au clocher et à l'église de Banize"; la procédure à suivre leur est proposée dans un courrier du sous-préfet d'Aubusson20. Nous ne savons pas si les travaux ont été exécutés.

 

3) - INTERPRETATION

Malgré la présence dans les archives de plusieurs devis et de nombreuses mentions de travaux à effectuer, l'édifice n'a jamais fait l'objet de réelles campagnes de restaurations, voire de transformations. Il s'agissait essentiellement de travaux d'entretien visant à parer au plus pressé, mais qui n'ont pas dénaturé la construction d'origine. Nous sommes donc en présence d'un édifice qui a relativement bien conservé son aspect du moyen âge. Il s'inscrit dans un groupe local de petites "églises du type austère"21 qui présentent le même schéma: un plan simple, quadrangulaire, à chevet plat, un décor sobre..., caractéristiques qui ont engendré une "véritable série" architecturale notamment en Creuse: Chénérailles, Pontarion, Bonnat...22 à partir du XIIIe siècle. L'édifice paraît avoir été édifié à la fin du XIIIe siècle et au début du XIVe siècle puisqu'il allie des caractéristiques du XIIIe siècle comme le portail occidental, la sculpture des chapiteaux et un voûtement qui correspond aux décennies du XIVè siècle, notamment dans le profil des nervures, le choix de colonnettes polygonales23 L'édifice semble avoir été fortifié comme le supposent les deux trous de hourds sur le pignon oriental et l'ouverture aujourd'hui bouchée de la première travée du mur nord qui donnait accès aux combles obscurs à usage de défense passive.

 

  

 

 

[Présentation du rapport] [Présentation de l'église] [Les décors] [Mobilier] [Bibliographie] [Conservation] [Interventions] [Evaluation des travaux] [Photographies] [Sondages et graphiques]


1 LECLERC A., Dictionnaire topographique, archéologique et historique de la Creuse, Limoges, 1902, rééd. 1994, p. 38.
2 NADAUD J., "Pouillé historique du diocèse de Limoges, 1775 ", BSAHL, LIII, 1903, p. 466 ; LECLERC A., op. cit., p. 38à39.
3 A.D. Creuse 25 G 5 ; il s'agit d'une copie de l'acte de fondation qui est directement traduit.
4 A.D. Creuse, 25 G 13. Ce document a été transcris par M. Hemmer dans un article: HEMMER Henri, "Eglise de Banize ", MSSNAC, 33 (2e), 1958, p. 404.
5 Ibid.
6 Ibid. ; HEMMER Henri, op. cit., p. 405.
7 Ibid.
8 A.D. Creuse, 25 G 13.
9 Ibid. ; HEMMER Henri, op. cit., p. 405.
10 AD Creuse 0/02101.
11 Ibid.
12 Ibid.
13 Ibid.
14 Ibid.
15 Ibid.
16 Ibid.
17 Ibid.
18 Archives communales.
19 Ibid.
20 Ibid.
21 ANDRAULT-SCHMITT Claude, Limousin gothique, Picard, 1997, p. 40. Cette recherche a permis d'identifier ce groupe architectural rural.
22 Ibid.
23 Nous n'irons pas jusqu'à dater la " construction de la fin du XIVe ou du début du XVe siècle" comme le fait M. Lacrocq: LACROCQ Louis, Les églises de France - Creuse, Paris, 1934, p. 14.